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  22.08.2017, 14:38
Les modèles collaboratifs ont le vent en poupe
LES ACTEURS
qui façonnent
l’économie
neuchâteloise

Les modèles collaboratifs ont le vent en poupe

Rien ne sert d’avoir raison, si l’on a raison tout seul: l’économie locale semble avoir fait sien ce proverbe.

Les exemples de partage de ressources se multiplient en effet dans le canton. La preuve par quatre cas, très différents les uns des autres.

Fruits du hasard ou véritables stratégies de développement, les modèles de travail collaboratifs ont le vent en poupe. Souvent associée à des multinationales de l’Internet comme Linux dans l’informatique, AirBnB et Uber dans la consommation ou encore le crowdfunding dans la finance, la mise en commun de biens, d’espaces, de services ou de connaissances s’enracine également – et de plus en plus – dans l’économie locale. Imaginées pour répondre à la morosité ambiante ou simplement au gré des opportunités, ces nouvelles formes d’organisation prônant l’intelligence collective, connaissent même un tel succès que d’aucuns prédisent leur généralisation. Ce modèle économique d’un nouveau genre, différent de l’articulation fournisseurs/sous-traitants bien connue en Suisse, a trouvé un terreau fertile dans le canton de Neuchâtel. Qu’il s’agisse d’associations d’entreprises, de réseautage, de table ronde d’experts ou de hub, les exemples foisonnent.


Les «lateral thinkers»

«Les méthodes de travail collaboratives exploitent l’excès de capacité des acteurs engagés : si l’un dispose d’une ressource en abondance, il la met à la disposition des autres. C’est la base.» Dans l’espace coworking qu’il a créé à la rue des Sablons à Neuchâtel, Sedat Adiyaman met la dernière touche à son livre «Faire, comment innover de façon collaborative» (co-écrit avec Manuel Smalstieg aux éditions Greyscale Press). Sa société Think2Make propose ses services aux institutions ou aux entreprises désireuses d’innover, ou simplement de démêler un problème. Cette « manufacture d’idées», comme il la définit lui-même, peut ainsi intervenir ponctuellement ou accompagner un projet dans son ensemble, du brainstorming à l’implémentation. Avec une particularité: la participation de « lateral thinkers ». Une fois l’idée définie, une étape cruciale du processus d’innovation réside dans ce que l’on nomme la fertilisation croisée: un certain nombre d’experts, actifs dans des domaines complètement différents, sont invités à donner leur avis sur le projet. Ils peuvent ainsi y amener leurs expériences, mais aussi leur façon de voir les choses, de penser latéralement.

Parmi la centaine d’accompagnements menés à bien par Think2Make – essentiellement dans l’industrie – figure le cas emblématique de Felco : «Sur ce mandat qui concernait le packaging, nous avons fait intervenir l’un des patrons de Caran d’Ache et le manager R&D de DJO Global, propriétaire de la marque suisse de dispositifs sportifs Compex», explique Sedat Adiyaman. Une démarche qui a visiblement séduit le directeur commercial du fabriquant de sécateurs Stephan Kopietzki, qui témoigne sur le site de Think2Make : «Grâce à leur manière de procéder, (…), la façon de fédérer l’ensemble du comité de ce projet et l’implication d’experts externes venant de différentes industries, (…) la solution finale proposée [a été] sélectionnée parmi plus de 20 designs.» 


L’association d’entreprises

«Sortez de votre aquarium !»: c’est le slogan que s’est donné Swisspush.ch. «Il s’adresse surtout à nous-même», rigole Christian Matthey, directeur d’Arcantel. Fondée en 1989 et spécialisée dans le développement de logiciels de pointe (vote électronique, veille stratégique), l’entreprise n’est pas ce que l’on pourrait appeler une start-up. Performante mais peu visible, elle décide en 2014 de s’unir à trois autres sociétés informatiques neuchâteloises au profil semblable – groupe.id, Uditis et WebExpert – autour d’un projet commun. Ainsi naît Swisspush.ch. «Nous sommes un peu les dinosaures de la branche, poursuit Christian Matthey. Mais nous avions envie de faire quelque chose dans les nouvelles technologies, en particulier dans le domaine des applications mobiles. Et d’y associer la population, pour qu’elle propose des idées. C’est comme ça que l’idée d’un concours nous est venue.»

Depuis 2015, trois concours ont ainsi été organisés: le premier, avec le soutien du Microelectronic Neuchâtel Network, sur le thème des objets connectés; le second, avec l’appui du Salon de l’immobilier neuchâtelois, avait pour objet la maison du futur; le dernier en date enfin, en partenariat avec le Service informatique de l’Entité neuchâteloise et dont les résultats seront dévoilés le 12 septembre 2017, posait la question: «Quelles applications devraient être proposées par les administrations pour faciliter la vie des citoyens ?» «Le but, à la base, était que les quatre sociétés s’occupent du développement du meilleur projet, souligne le directeur d’Arcantel. Cela ne s’est pas fait sur les deux premières éditions, pour différentes raisons. Mais nous comptons bien nous rattraper cette fois-ci.» Reste que la création de Swisspush a également permis d’autres synergies: « Nous partageons aujourd’hui certaines ressources, comme des infrastructures informatiques ou du personnel de gestion.» 


Le réseautage

Autre modèle collaboratif totalement différent: le réseautage extrêmement formaté, donc efficace, que propose le Business International Network (BNI). Lancé en 1985 aux Etats-Unis – autour d’un barbecue, dit la légende – le BNI a depuis essaimé dans 64 pays sur un principe de licences. Implanté en Suisse dès 2005, il y compte actuellement quelque 1720 membres répartis dans une soixantaine de groupes régionaux (chapters). Dans le canton, les chapters Littoral et MontagNEs existent depuis quelques mois. Une centaine d’entrepreneurs, chefs d’entreprises ou cadres se réunissent ainsi une fois par semaine pour un petit déjeuner d’affaires: «Le concept du BNI est de répliquer partout un système qui a fait ses preuves, explique Michèle Frutiger, directrice du chapter Littoral. Il n’y a pas de place à l’improvisation.»

Et le système est relativement simple: utiliser le carnet d’adresses des autres membres (un seul représentant par métier) pour faire du business. «Chaque adhérent devient ainsi un vecteur d’acquisition d’affaires, poursuit Michèle Frutiger, par ailleurs sous-directrice de la banque Piguet Galland & Cie à Neuchâtel. Les membres deviennent une équipe de ventes. Certaines entreprises ont même tout misé sur BNI et ne font plus d’autre publicité. Les ascenseurs Schindler par exemple, en ont fait une stratégie en Suisse: ils sont dans tous les chapters.» Si l’adhésion à BNI est conditionnée à une cotisation annuelle unique, les chiffres d’affaires réalisés par ce biais sont comptabilisés. En 2016, ce sont ainsi 154 millions de francs qui ont été générés en Suisse.


Le hub

Si les trois exemples précédents sont le résultat d’initiatives raisonnées, il arrive également que le hasard s’invite dans la création de processus participatifs. Après 226 ans d’activités au Locle, l’équipementier et outilleur horloger Bergeon s’apprête à emménager dans un tout nouveau bâtiment aux Eplatures, à La Chaux-de-Fonds. Cette surface de 11’000 m2 n’abritera cependant pas qu’une seule société, mais une dizaine. Devisé à 30 millions de francs, ce projet est décrit comme un «hôtel d’entreprises», au sein duquel la cafétéria commune n’est qu’anecdotique. «On peut mutualiser plein de choses, comme la gestion centralisée ou les salles communes, explique Vladimir Zennaro, directeur général de Bergeon. Mais ce n’est pas le plus intéressant.» La majorité des futurs occupants travaillant pour l’horlogerie sans être concurrents, il n’a en effet pas été difficile de se rendre compte que d’autres synergies étaient possibles, tant au niveau industriel que logistique: «ArtraM par exemple, spécialisée dans la tôlerie industrielle et la construction métallique, a développé des outils d’injection plastique et de découpe laser qui peuvent nous intéresser, illustre Vladimir Zennaro. Valiance également, qui maitrise la micro-injection de caoutchouc. Quant à la logistique, nous allons partager la salle blanche de BC Technologies, ainsi que le Data Center de la société informatique VNV. Enfin Bergeon, qui est aussi présente à Hong Kong, possède un très bon réseau international de distribution.»

Cohérent a posteriori, ce véritable «hub», comme le définit lui-même Vladimir Zennaro, ne s’est toutefois pas imposé d’emblée. «L’esprit collaboratif s’est forgé petit à petit, au fur et à mesure que nous défrichions les pistes autour d’une table. C’est le hasard !» Et celui-ci porte même un nom: les acteurs principaux du projet – Bergeon, BC Technologies, ArtraM, ATM Bureau d’ingénieurs, VNV et Raffaello Radicchi immobilier – ont créé la société Les Industriels des Sentiers, laquelle gérera le complexe.

 

Fabrice Eschmann


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