21.02.2012, 00:01
Une tutelle contre 130 milliards d'euros
DETTE GRECQUE
Les Dix-sept de la zone euro devaient s'entendre dans la nuit sur un deuxième plan de sauvetage de la Grèce. Assorti de conditions strictes.
Les ministres des Finances de la zone euro devaient - enfin - donner leur feu vert, dans la nuit d'hier à aujourd'hui, au déblocage d'un deuxième plan de sauvetage de la Grèce, menacée de faillite. Méfiants, ils ont toutefois prévu de placer une partie des 130 milliards d'euros prévus jusqu'à 2014 sur un "compte séquestre" , afin de s'assurer qu'Athènes accordera la priorité au service de la dette.
"On a les pièces du puzzle, (...) tous les éléments pour parvenir à un accord" , a déclaré le grand argentier français, François Baroin à son arrivée à Bruxelles, où son homologue allemand, Wolfgang Schäuble s'est pour une fois montré "optimiste" .
Le plan de sauvetage de trois ans, auquel le Fonds monétaire international (FMI) participera au moins à concurrence de 13 milliards d'euros, va de pair avec l'effacement d'une partie de l'abyssale - plus de 350 milliards d'euros - dette publique grecque.
Les créanciers privés d'Athènes (banques, compagnies d'assurances, fonds d'investissement) ont ainsi accepté de subir une perte de 100 milliards d'euros en échangeant les titres qu'ils détiennent contre de nouvelles obligations d'Etat grecques, frappées d'une décote de 50%. Au moins, car l'opération, censée débuter le 8 mars, pourrait être plus ambitieuse que cela.
Le geste des Dix-sept
Hier soir, les Dix-sept devaient eux aussi faire un geste, afin d'aider la Grèce à atteindre l'objectif qu'ils lui ont imposé: réduire le niveau de son endettement à 120% de son PIB à l'horizon 2020, contre 160% aujourd'hui. Deux pistes sont suivies en parallèle: celle d'une réduction des taux d'intérêt frappant les prêts consentis à Athènes et celle du renoncement à certaines plus-values par les banques centrales, européenne et nationales.
En contrepartie, la Grèce, dont les atermoiements ont suscité une méfiance extrême de ses partenaires, a dû donner des assurances aux Dix-sept et au FMI.
Un programme sans anesthésie
Un douloureux programme d'économies de 3,3 milliards d'euros a ainsi été élaboré, que les deux principaux partis politiques grecs (le Pasok socialiste et la Nouvelle Démocratie conservatrice) se sont engagés par écrit à mettre en oeuvre indépendamment du résultat des élections législatives anticipées qui les opposeront en avril. Autre diktat des Dix-sept: la Grèce devra engager sans délai d'importantes réformes structurelles (baisse des salaires et des pensions de retraite, réduction du nombre de fonctionnaires, etc.) en vue de réduire ses dépenses de 325 millions d'euros en 2012.
De surcroît, la Grèce sera mise sous tutelle par les Dix-sept et le FMI.
Une partie des 130 milliards d'euros qui lui sont destinés devrait être versée sur un "compte séquestre" , tout entier dédié au service de la dette. Les bailleurs de fonds les plus critiques d'Athènes - l'Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et le Luxembourg - recevraient la garantie que la Grèce, qui devrait elle-même placer une partie de ses recettes fiscales sur ce compte, s'emploiera avant tout à rembourser ses créanciers. Le ministre néerlandais des Finances, Jan Kees de Jager, juge indispensable l'instauration de ce mécanisme de "surveillance permanente" du pays.
Un "plan Marshall"
Le déblocage de l'aide de la zone euro permettra d'éviter un "événement de crédit" (aux conséquences incertaines) le 20 mars, quand la Grèce devra refinancer sa dette à hauteur de 14,5 milliards d'euros. Or, elle serait incapable de rembourser ses créanciers sans le soutien des Européens.
Il ne suffira toutefois pas à redresser la situation du pays, pour lequel l'équivalent d'un "plan Marshall" devra tôt ou tard être mis sur pied.
Par BRUXELLES TANGUY VERHOOSEL
