07.10.2011, 10:53
Touristes, violences et prisons en Israël

En 2010, 3,45 millions de personnes ont visité Israël et la Palestine. Comme en Suisse, cette branche représente un des principaux revenus. Ceux-ci avaient fléchi en 2009, suite à la baisse des visiteurs due aux violences perpétrées par l'armée israélienne (et le Hamas) à Gaza. On avait compté 2,7 millions de visiteurs, sans qu'il soit fait de distinction entre touristes, pèlerins et autres. Le deuxième lieu le plus visité du pays est le Mémorial de Yad Vashem en mémoire des victimes juives de la Shoah. Mais qui rend visite au Musée Abu Jihad pour les prisonniers politiques palestiniens? Qui même le connaît? Par la documentation qu'il présente sur les souffrances des prisonniers et de leurs familles, il est pourtant tout aussi important de le visiter... si on ne craint pas les émotions fortes.

Terrorisme, mauvais traitements et tortures

Quels sont les foyers de violence dans le pays? Celle qui est la mieux décrite, et parfois même exclusivement, est la violence que les Palestiniens ont pratiquée pour défendre leur patrie. De par les méthodes utilisées, elle a été appelée terrorisme, un mot qui représente autant une description des méthodes utilisées qu'une manière unilatérale de les présenter. Israël a bien été accusée par d'autres milieux de pratiquer le terrorisme d'Etat. Le débat à ce sujet fera rage longtemps encore, nous allons le laisser là. La seule certitude, c'est que la violence n'est pas d'un seul côté.

L'ONG israélienne «B'Tselem» est une source remarquable de renseignements sur la violence, ayant été fondée pour servir de «Centre d'information pour les droits humains dans les Territoires occupés.» Leur site documente les mauvais traitements et la torture, qui «ont accompagné l'occupation de la Cisjordanie pendant de longues années. Ils ont connu une augmentation significative depuis la deuxième intifada (2000).»

Les colons qui continuent d'arriver en Israël (600 000 au total) sont une autre source de violences, la plupart du temps impunies. Ils agressent les Palestiniens, viennent dérober leur terre, élèvent des barrages routiers, lancent des pierres contre personnes et maisons, font des incursions armées dans les villages, brûlent les champs, arrachent - ou empoisonnent - des arbres. Ces violences, nous accompagnateurs, nous en sommes témoins. «B'Tselem» précise que parfois, les colons s'en prennent aussi à la Police et aux forces de sécurité.

Intégré dans le campus de l'«Université Al Quds», le Musée Abu Jihad pour les prisonniers politiques présente les souffrances endurées par les Palestiniens depuis qu'ils ont été envahis. Il y avait déjà des violences sous le mandat britannique, dans les années trente. Aujourd'hui en Israël, on compte 8200 prisonniers politiques palestiniens, selon le guide du Musée, dont 34 femmes et 326 enfants. Depuis 1967, on dénombre 760 000 prisonniers, dont 12 000 femmes. Depuis 2000, il y a eu 69 000 arrestations dont 800 femmes et 7800 enfants. Sur l'ensemble de la période historique qui commence en 1947, il y eu des centaines de morts, qui ont été soit fusillés, soit privés de soins alors qu'ils étaient gravement malades, soit sont morts sous la torture ou au terme d'une grève de la faim.

Des mesures contre la torture suspendues

La torture avait été interdite par le général Haiem Herzog en 1967, en application des conventions de Genève de 1949, mais l'application de cette mesure avait été suspendue la même année par le commandement militaire, pour les Territoires occupés, Gaza et le nord du Sinai. Dans les 26 prisons et centres de détention, en plus de la torture, on soumet certains détenus à l'isolement complet, les autorisations de visite accordées aux familles sont rarissimes, les cellules exiguës, le traitement dans certaines d'entre elles fait penser à Guantánamo (surnom de la prison d'Ofer). Dans celles qui sont situées dans le désert du Néguev, les températures sont extrêmes, et il n'y a ni ventilation, ni lucarne. Dans d'autres, il n'y a que des tentes...

Dans le cadre du Programme œcuménique d'accompagnement en Palestine et Israël, l'auteur (journaliste, théologien) passe trois mois en Israël, comme 800 volontaires de nombreuses nationalités depuis 2002...

Plus de renseignements sur:
www.aj-museum.alquds.edu (anglais)
www.btselem.org (anglais, arabe, hébreux)
www.eappi.orgwww.peacewatch.ch

Par JÉRUSALEM, THÉO BUSS

Source: L'Express/L'Impartial