18.01.2012, 00:01
Un dragon au Val-de-Travers
ART HORLOGER
Il a fallu 6000 heures de travail à Parmigiani pour réaliser un automate mettant en scène la créature légendaire. Son prix? 3,5 millions.
" Où est le dragon? Le dragon a disparu" , s'inquiète Jean-Marc Jacot, le CEO de Parmigiani Fleurier, en apercevant la vitrine vide. Son staff le rassure: " Il est juste parti se faire photographier" .
Car la vérité vraie, c'est que le "Dragon et la perle du savoir", une merveille de pendulette-automate qui a nécessité 6000 heures de travail, a été terminé... la veille de l'ouverture de Salon international de la haute horlogerie (SIHH), où il trône depuis lundi à la place d'honneur! Le fabuleux reptile n'avait donc pas encore été pris en photo, passage obligé pour faire le tour du monde des magazines de luxe ces prochaines semaines.
Au SIHH, on en voit partout: en cette Année du dragon d'eau, qui débute le 23 janvier, ces effrayantes mais magnifiques créatures seront très réclamées par les clients chinois. Et le bijou réalisé par l'équipe de Parmigiani, emmenée par Sébastien Rousseau, responsable de l'atelier Développement et Complication de la marque, va sans nul doute trouver un acquéreur malgré son prix coquet: 3,5 millions de francs. C'est bien sûr une pièce unique.
585 écailles de jade toutes différentes
Sculpté dans un bloc d'argent et serti de 585 écailles de jade et d'or - toutes différentes -, le dragon est à la poursuite de la perle du savoir, selon un très ancien mythe chinois. L'équipe de Parmigiani, qui a aussi fait collaborer des artisans extérieurs à l'entreprise, a suivi sur la lancée de son chat poursuivant une souris sans jamais réussir à l'attraper, une pièce présentée en 2010 dans le cadre d'un concept baptisé "Tempus Fugit", ou l'éternelle fuite du temps.
Cette fois-ci, c'est une perle en or, rubis et saphir qui échappe au dragon en se déplaçant six fois par heure de manière aléatoire, le dragon effectuant un tour par heure. " Une sonnerie retentit une fraction de seconde avant chaque déplacement ", confie Michel Parmigiani, qui a supervisé le projet. Une manière d'éviter de rester scotché au bel objet pour ne pas rater la poursuite...
Orfèvre, sculpteur, lapidaire, sertisseurs, polisseurs, graveurs, horlogers, joailliers: en tout, 22 métiers différents ont apporté leur contribution à la pièce. " Et on peut dire que 100 personnes l'ont manipulée", ajoute Sébastien Rousseau, et ceci aux divers stades de fabrication, depuis le dessin - le design est signé Alexia Steunou - jusqu'à la pose de la dernière écaille.
Un socle en cristal de roche
Le mouvement, bien visible dans un socle en cristal de roche, affiche les heures classiques et les heures chinoises (soit 12 heures par jour, on ne parle pas ici des unités décimales, les "ke", utilisées autrefois dans la mesure chinoise du temps). Un acheteur s'est-il déjà manifesté? " Disons que c'est en négociation", r épond prudemment le chef de projet.
Après le chat et la souris, le dragon et la perle, un nouvel automate de Parmigiani fera sans doute tourner les têtes en 2014.
" On a déjà commencé à travailler sur la prochaine pièce " , confirme Sébastien Rousseau. Mais même quand on l'implore avec des yeux de biche, il reste muet comme une carpe...
Par GENEVEFRANÇOISE KUENZI
