19.01.2012, 12:01
Ce pourrait être la fin de l'histoire centenaire d'Ebel à La Chaux-de-Fonds
HORLOGERIE
Après Louis Vuitton, une autre marque pourrait quitter les Montagnes neuchâteloises. Le groupe Movado envisagerait un regroupement de ses activités à Bienne.
L'annonce du départ de la marque horlogère Louis Vuitton pour le canton de Genève ne provoque pas de remous dans les Montagnes neuchâteloise (lire ci-dessous). Il en serait peut-être autrement si Ebel officialisait son départ de La Chaux-de-Fonds pour Bienne. Selon certaines informations, la décision aurait été entérinée. Nous n'avons pas pu en obtenir la confirmation auprès du groupe Movado, propriétaire de la marque centenaire. Une soixantaine d'employés seraient concernés.
"C'est un dossier qui nous préoccupe. Nous avons de grosses inquiétudes" , commente Laurent Kurth, le conseiller communal en charge de l'Economie. Et d'évoquer des contacts difficiles avec les responsables d'Ebel. Une rencontre devrait avoir lieu prochainement. Du côté du syndicat Unia, nos questions sont restées sans réponse pour des raisons de confidentialité.
Les autorités locales, elles, se sont alarmées lorsqu'il y a eu des réticences de la marque horlogère par rapport à la réouverture au public de la Villa turque. Celle-ci devait intervenir après des travaux de restauration intérieure. Chantier mené à bien l'an dernier. Depuis, l'oeuvre du Corbusier n'est plus accessible deux fois par mois, comme c'était le cas auparavant.
Droits sur un calibre vendu
Parallèlement, la maison a vendu tous les droits sur son calibre 137 à Ulysse Nardin l'an dernier. Celle-ci a par ailleurs engagé quelques horlogers d'Ebel pour s'occuper de ce mouvement. Et, nous a-t-on précisé hier, en aucun cas Ebel n'est devenu un client d'Ulysse Nardin.
Ce mouvement avait été développé dans les années 1990 par Ebel pour bénéficier d'une certaine expertise dans le domaine. Il s'agissait alors de remplacer le mouvement El Primero de Zenith, qui équipait les modèles automatiques de la marque.
Discret centenaire
L'an dernier, Ebel a célébré ses 100 ans d'existence. En toute discrétion. Deux modèles spéciaux ont été dévoilés, mais aucun événement particulier n'a été mis sur pied. La maison a traversé plusieurs périodes agitées depuis que Pierre-Alain Blum - petit-fils des fondateurs Eugène Blum et Alice Lévy - a été contraint de la vendre au groupe Investcorp en 1994.
En 1999, c'est le géant du luxe LVMH qui acquiert la société, en même temps que Zenith. Si cette dernière connaît aujourd'hui un développement réjouissant, Ebel n'a jamais trouvé ses marques au sein du groupe français. En 2004, celui-ci l'a cédé au groupe américain Movado, également propriétaire de la marque éponyme et de Concord.
La société s'est alors repositionnée sur ses modèles classiques. Si LVMH en avait fait une marque très féminine, sous la houlette de ses différents dirigeants, il a été décidé de revenir à l'héritage laissé par la famille Blum. Une stratégie qui a, en partie, porté ses fruits. Mais la crise de 2008-2009 est venue freiner les ardeurs. Movado est très dépendant de la santé du marché nord-américain. Un débouché frappé alors de plein fouet par le marasme.
Si les intentions du groupe venaient à être confirmées, rien ne dit alors que le propriétaire de la marque ne cherchera pas à vendre la Villa turque. Ebel l'avait acquise en 1986... Pour son 75e anniversaire.
Par DANIEL DROZ
