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22.02.2012, 11:09
Faut-il tolérer la vente de bile d'ours en Chine?

Faut-il tolérer la vente de bile d'ours en Chine?INSOLITE

La ferme d'ours dans la province méridionale du Fujian.

Le débat agite actuellement la Chine de savoir s'il faut continuer à tolérer le lucratif commerce de la bile d'ours, dont la ponction chez le plantigrade vivant s'assimile à une torture.

Faut-il continuer à tolérer le lucratif commerce de la bile d'ours, dont la ponction chez le plantigrade vivant s'assimile à une torture?

Ce débat agite actuellement la Chine, où les défenseurs des animaux ont poussé une firme de médecine traditionnelle à ouvrir mercredi ses portes.

La société Guizhentang, spécialisée dans cette substance de la pharmacopée chinoise, a exceptionnellement accueilli des journalistes dans sa ferme de la province méridionale du Fujian, en promettant une complète "transparence".

L'AFP s'est vu refuser la permission de se joindre à la visite, la presse internationale n'étant pas invitée. Et selon le quotidien les Nouvelles de Pékin, les journalistes locaux, sélectionnés par Guizhentang, n'étaient pas autorisés à poser des questions.

Diverses ONG ont mis en garde contre une opération de relations publiques cachant les souffrances infligées aux quadrupèdes. "Cela risque d'être un show", a estimé Zhang Xingsheng, responsable pour l'Asie du Nord de l'organisation The Nature Conservancy.

Les premières images de la ferme ont montré des techniciens dans des blouses immaculées, portant un masque médical et travaillant dans des conditions nettement plus aseptiques que la réalité souvent décrite.

Au moins 7'000 ours détenus

En Chine au moins 7000 ours, selon les statistiques officielles, bien plus selon les ONG, sont immobilisés dans d'étroites cages, l'abdomen perforé par un cathéter ou une fistule reliés à leur vésicule biliaire.

Deux à trois fois par jour, on leur prélève de la bile, revendue à prix d'or pour les nombreuses qualités thérapeutiques qu'on lui prête, souvent à tort. La bile d'ours est notamment censée aider à réguler le cholestérol ou dissoudre les calculs biliaires et rénaux.

Cette extraction est qualifiée de barbarie par les associations de protection des animaux, qui ont longtemps prêché dans le désert. Mais le vent semble tourner.

Les cybermilitants se mobilisent

En cherchant à financer l'expansion de ses fermes, en triplant ses effectifs d'ours, Guizhentang s'est en effet contre son gré retrouvée dans l'oeil du cyclone.

Aussitôt que le nom de cette compagnie a été repéré début février sur la liste des candidats à l'entrée à la bourse de Shenzhen, les cybermilitants se sont mobilisés, selon un phénomène rodé dans un pays au demi-milliard d'internautes.

Pétition aux autorités boursières

Des dizaines de personnalités des médias, du sport ou de la musique ont adressé une pétition aux autorités boursières.

La riposte de l'industrie n'a fait que jeter de l'huile sur le feu. Jeudi dernier, le président de l'Association de médecine traditionnelle chinoise, Fang Shuting, déclarait: "Prélever la bile d'ours revient à tourner un robinet. C'est sans douleur, naturel et simple".

Les internautes ont réagi au quart de tour. "Honte à Guizhentang et honte à l'Association de médecine traditionnelle chinoise!", s'est exclamé l'un d'eux, Hebeiyanjiuxuezhi. Des dizaines de milliers d'autres ont renchéri sur leur compte Weibo, le Twitter chinois.

Même le géant Yao Ming, la superstar retraitée de la NBA, y est allé de son soutien aux ours en allant visiter samedi un centre de soins spécialisé.

Pas de "nouvelles techniques"

L'association Animals Asia, qui se consacre depuis 1998 à ce combat, a de son côté opportunément sorti mardi un rapport référencé, accompagné d'une vidéo très crue exposant la "cruelle vérité" des prélèvements de bile et les multiples infections que subissent les ours à collier dans les fermes.

Il n'existe pas de "nouvelles techniques" de perfusion de la vésicule biliaire qui serait plus humaine, a soutenu Monica Bando, chirurgien-vétérinaire chez Animals Asia, lors d'une conférence de presse à Pékin.

"Nous avons assisté ces derniers jours à un tollé sans précédent du public et des médias chinois", a résumé Jill Robinson, fondatrice de l'ONG. "Les gens en Chine sont en train d'embrasser cette cause", a-t-elle estimé.


 

Source: ATS/AFP