19.06.2017, 00:01  

Avec l’esprit très loin de la glace

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 19.06.2017, 01:13   Avec l’esprit très loin de la glace

Par Laurent kleisl

«C’est quoi, le hockey?» Jonas Hiller a la tête en vacances. Avec sa fille de 3 ans et son épouse, qui attend le No 2 d’ici un mois, le gardien du HC Bienne est revenu, il y a 10 jours, d’une quinzaine à Chypre. Après d’amers championnats du monde à Paris, l’Appenzellois s’est organisé un retour à la...

«C’est quoi, le hockey?» Jonas Hiller a la tête en vacances. Avec sa fille de 3 ans et son épouse, qui attend le No 2 d’ici un mois, le gardien du HC Bienne est revenu, il y a 10 jours, d’une quinzaine à Chypre. Après d’amers championnats du monde à Paris, l’Appenzellois s’est organisé un retour à la réalité en douceur.

Samedi en fin d’après-midi à Saint-Joux, Hiller recevait les mordus de kitesurf pour accompagner le lancement de l’Eco Board, dernier produit 100% écolo de Gin Kiteboarding, firme neuvevilloise dont il est propriétaire depuis une année et demie. De la chaleur, du vent, des conditions idéales pour la pratique du «kite». «La Neuveville, comme Saint-Blaise et Yvonand, c’est fantastique pour le kite», savoure-t-il. Les caprices d’Eole l’ont toutefois dissuadé de forcer son talent, samedi, au bout du lac de Bienne.

Ou serait-ce le poids d’un boulet contractuel? Privés de l’adrénaline de nombreux sports, le ski en particulier, les hockeyeurs d’élite doivent éviter les activités susceptibles de provoquer des blessures. Quand il a signé son contrat de trois ans au HC Bienne au printemps 2016, Hiller a exigé une clause spéciale kitesurf. «Je voulais m’assurer qu’il n’y ait aucun problème», sourit-il.

Reprise douloureuse

Ce retour à la réalité, tranquille, Hiller l’a aussi effectué en version hockey sur glace. La semaine dernière, il a lancé les travaux de préparation physique en vue de sa deuxième saison en LNA depuis son retour après neuf ans en NHL, aux Anaheim Ducks (2007-14) puis aux Calgary Flames (2014-16). Sa phase de remise en forme, il la qualifie de «moitié-moitié». Un peu avec le HC Bienne, un peu à la maison. «J’étais avec le groupe mardi et jeudi. Le lendemain, j’avais mal partout!», se marre-t-il. «C’est normal; eux, ça fait deux mois qu’ils s’entraînent. Chaque année, la reprise est toujours plus difficile. Ça doit être l’âge!»

Trente-cinq ans, quand même. Un gardien en bout de carrière, peut-être, mais dont l’expérience de 437 matches en NHL aurait dû guider l’équipe de Suisse durant les derniers Mondiaux à Paris. Un premier match péniblement remporté aux tirs au but face à la faible Slovénie a donné l’occasion au sélectionneur Patrick Fischer d’offrir les filets confédérés à Leonardo Genoni, tout frais champion national avec le CP Berne. «Je m’entends très bien avec ‘Leo’. On organise par exemple des repas en famille», désamorce-t-il.

Le cauchemar canadien

Le 13 mai, lors de la cinquième partie des Helvètes à Paris-Bercy, Hiller n’a tenu que 6’28 face au Canada. Canardé, l’Appenzellois a cédé deux fois sur 10 essais adverses. Une orgie! Genoni entre en jeu. Et gagne le match. Au moment de quitter la glace, chassé et vexé, le portier du HC Bienne s’est enfui dans le vestiaire, snobant sa place au bout du banc pendant 10 bonnes minutes. Un fait unique à ce niveau.

«J’étais très énervé», souffle-t-il, les deux pieds dans l’eau du lac de Bienne, «pas contre quelqu’un, mais contre la situation. Si je m’étais assis tout de suite, j’auraisperturbé l’équipe. J’ai préféré m’éclipser un instant pour respirer. Je suis quelqu’un de calme, je ne suis pas du genre à exploser une canne. J’ai demandé à revoir les images des deux buts que je venais de prendre. Il fallait que j’analyse, que je regarde ce qu’il s’était passé. Ensuite seulement, j’ai pu revenir sur le banc sans troubler l’équipe.»

La peau léchée par le soleil, le regard fixant l’île Saint-Pierre, il s’ouvre. «Ce n’est pas la première fois que je vivais ça, mais j’avoue m’être demandé pourquoi j’ai choisi d’être gardien et non joueur de champ! Devant les filets, on est soit un héros, soit un guignol. Ces moments difficiles font partie du métier.» Au lendemain du succès historique des Suisses face aux Canadiens, Hiller jetait l’éponge en cours d’entraînement. Un geste perturbant. «Non, ce n’était pas une blessure diplomatique. Après ce match, j’ai très mal dormi. Fatigué, peut-être pas assez chaud, je me suis bloqué un muscle sur le côté. Cela ne servait à rien de forcer et de me déchirer quelque chose. Mais là, aujourd’hui, je ne ressens plus rien.»

Son épopée parisienne n’obstrue pas sa lecture des choses. Type cool, Jonas relativise. «Je veux affronter les meilleurs et pour cela, je dois jouer aux Mondiaux ou aux Jeux olympiques, et il y a des JO en 2018», lance-t-il. «J’ai dit à Patrick Fischer que j’étais toujours à sa disposition. Pour décrocher une place en équipe de Suisse, je dois d’abord aligner les bonnes performances avec le HCBienne.»

Sa tignasse blonde et hirsute s’envole au rythme de la bise. Avec les pieds dans l’eau et l’esprit très loin de la glace.

«Jonas nous laisse libre de travailler»

écologie Un projet vieux de deux ans, qui cadre parfaitement avec la philosophie de Jonas Hiller et Fabienne Kaufmann, respectivement propriétaire et directrice fondatrice de Gin Kiteboarding. Samedi à Saint-Joux, la firme neuvevilloise a présenté son Eco Board, planche de kitesurf écolo produite à 100 exemplaires, pour le moment. Un coup marketing, bien sûr, mais pas dénué de sens. «Le kite est un sport en phase avec la nature», raconte le gardien du HC Bienne. «Son essence, c’est l’eau, c’est le vent. Tout le monde souhaite préserver la nature. Et les fibres de carbone des planches classiques n’ont pas vraiment un bon bilan écologique, car elles demandent beaucoup d’énergie à la production.»

Cette planche en bois, magnifique, est le fruit d’une rencontre fortuite qui a amené Fabienne Kaufmann à Schüpfen, dans les locaux de Earlybird Ski, entreprise attelée à la fabrication de skis artisanaux sur mesure. «Cette planche écologique est un projet extraordinaire», reprend-elle. «Nous avons regardé s’il était possible d’en produire une avec la même qualité technique et le même niveau de sensibilité uniquement en Suisse. Elle est 100% fabriquée chez nous, avec par exemple de la résine naturelle et de l’huile de haricot. Pour les inscriptions, on n’utilise pas d’encre. Elles sont brûlées sur la planche. C’est un produit très spécial.»

Pour l’Appenzellois, Gin Kiteboarding et son Eco Board sont des projets d’avenir, d’après-hockey. Après avoir amassé 35 millions de dollars en salaires bruts sur neuf saisons de NHL – comptez environ 35% d’impôts –, il a acquis, début 2016, l’intégralité des actions du fabricant neuvevillois. «Jonas se concentre toujours sur le hockey en priorité, mais il se tient au courant de ce qu’il se passe chez nous. S’il donne son avis, il nous laisse libre de travailler», glisse Fabienne Kaufmann.

Hiller l’admet sans rougir: «Oui, je suis très chanceux. Avec le hockey, j’ai jusqu’à présent gagné ma vie avec mon hobby. J’ai pu toucher pas mal d’argent, ce qui me permet de prévoir mon avenir avec mon autre hobby.» Il précise: «Je suis un amoureux de l’eau. La planche à voile, le windsurf, le catamaran, j’ai tout essayé. Mes parents avaient un bateau sur le lac de Constance, cela vient de là. Mais le kite a un truc en plus. La première fois que j’ai essayé, c’était en Californie en2012.» C’était au cœur de la saison 2012-2013, celle du lock-out qui a paralysé la NHL pendant de longs mois. «Et maintenant, je possède ma propre marque de kitesurf, c’est fou...»

Démocratisation Le paquet débutant de kitesurf, avec planche et voile, tape dans les 1500 fr. Avec, souvent, une production en Chine à moindres coûts. «C’est un investissement, d’accord, mais le kite se démocratise», coupe Hiller. Pour l’Eco Board «made in Switzerland», il faut quand même compter plus de 1300 fr. uniquement pour la planche. «Je ne sais pas exactement», sourit-il, un brin gêné. «Le commercial, ce n’est pas trop mon truc...» Jonas Hiller? Le meilleur des patrons.


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