16.06.2017, 11:58  

Une expérience inédite au fond du lac

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L’enjeu du test est plus technique qu’archéologique: il s’agit de voir si le système peut fournir des images de qualité.

 16.06.2017, 11:58   Une expérience inédite au fond du lac

Par Lola le testu

TECHNOLOGIE SPATIALE - Des ingénieurs du CSEM ont testé mardi soir un nouveau système de radar spatial sur l’Altaripa, la réplique d’une barque lacustre immergée devant le Laténium, à Hauterive.

«Vous avez vu le plan d’eau? C’est un miroir. Juste ce qu’il nous fallait, les gars.» Fabien Droz a les bras croisés sur la poitrine et un sourire satisfait. L’ingénieur du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) surveille son équipe. Mardi soir, vers 21h45, le soleil se couche enfin. L’expérience va bientôt commencer. L’objectif? Déterminer si le nouveau système de radar spatial développé par le CSEM est aussi efficace sous l’eau que dans l’espace.

Son petit...

«Vous avez vu le plan d’eau? C’est un miroir. Juste ce qu’il nous fallait, les gars.» Fabien Droz a les bras croisés sur la poitrine et un sourire satisfait. L’ingénieur du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) surveille son équipe. Mardi soir, vers 21h45, le soleil se couche enfin. L’expérience va bientôt commencer. L’objectif? Déterminer si le nouveau système de radar spatial développé par le CSEM est aussi efficace sous l’eau que dans l’espace.

Son petit nom, c’est Mila (pour Miniaturized Lazer Altimeter). Installé sur la berge du lac, devant le musée du Laténium, à Hauterive, il ressemble à un cube noir. «Dans l’espace, il permet de cartographier en 3D le sol avant un atterrissage», explique l’ingénieur Alexandre Pollini. Ce soir, sa mission est de réussir à traverser l’eau pour cartographier l’Altaripa, une réplique du chaland romain (un type d’embarcation) immergée là. L’enjeu du test est plus technique qu’archéologique: il s’agit de voir si le système peut fournir des images de qualité.

Lumière verte et silures

Dès que la pénombre sera suffisante, le radar de type LiDAR (pour Light Detection And Randing) sera activé. «Le laser va être projeté sur le miroir incliné qui va le diriger directement sur l’épave», détaille Alexandre Pollini. «Mila utilise la lumière pour calculer la distance entre les éléments et produire une image.»

C’est parti, un faisceau de lumière vert fluo sort du cube. Les ingénieurs les plus proches ont chaussé des lunettes à verres orange pour en neutraliser les effets. «Ce genre de laser est puissant, il peut vous brûler la rétine», précise Fabien Droz.

En quelques secondes à peine, une image se dessine. Le premier essai est le bon, Fabien Droz est ravi. «ça se passe très bien, on s’attendait à devoir faire beaucoup plus de réglages.»

Il s’approche de l’écran d’ordinateur et désigne les formes orange, bleues et vertes. «On reconnaît déjà la pierre d’Hauterive, la planche du chaland et le fond.» Mila voit tout jusqu’à dix mètres de profondeur. Il pourrait même détecter l’un des silures qui nichent sous l’épave.

«Préserver le patrimoine lacustre»

«La Suisse a déjà été cartographiée au laser, mais les lacs, jamais», sourit Fabien Droz. La technologie laser infrarouge est très utilisée en archéologie terrestre. Elle a permis la découverte d’un tumulus à Fribourg, mais aussi de cités enfouies au Cambodge.

Mais pour voir sous l’eau, ces lasers ne sont pas assez puissants. Pour Fabien Langenegger, archéologue spécialisé dans le patrimoine immergé, l’expérience de ce soir présente donc un intérêt évident: «On a découvert près de 70 sites lacustres grâce à la prospection aérienne. Nous avons besoin de documenter ces sites pour pouvoir en contrôler l’érosion. Mais les fouilles aquatiques sont chères et elles ne sont pas assez précises. Ce radar nous permettrait d’étudier à moindre coût le patrimoine lacustre et de mieux le préserver.»

Pour Fabien Droz, cette technologie pourrait aussi servir à la prospection de minerais sous-marins ou à la recherche de mines.

Développer ce radar a coûté 800 000 euros, financés par l’Agence spatiale européenne. Pour l’instant, Mila n’est pas industrialisé. D’après Fabien Droz, produire une dizaine de radars réduirait les coûts à une soixantaine de milliers de francs l’unité.

De quoi explorer le lac de Neuchâtel: «On a découvert récemment trois épaves exceptionnelles», signale Fabien Langenegger. «Il faudrait vraiment les documenter.»

Destination Mars

C’est à la suite d’un appel d’offres de l’Agence spatiale européenne (ASE) que le CSEM a développé ce nouveau système de radar spatial. Dans deux semaines, Mila sera envoyé à l’ASE, dans le laboratoire de navigation, guidage et commande des atterrisseurs. «A l’origine», explique l’ingénieur du CSEM Alexandre Pollini, «on utilisait ce type de radar pour obtenir des images avant de faire atterrir une sonde sur Mars. Lors de l’atterrissage, la sonde arrive très vite, donc le défi était de gérer la rapidité de la prise de vue.» L’objectif de Mila est toujours le contrôle de l’atterrissage de sondes spatiales, mais il peut être utile à d’autres niveaux, par exemple lors de rendez-vous spatiaux, lorsqu’une navette se connecte à une station. D’après Alexandre Pollini, «dans le futur, ce radar pourra aussi être adapté à la problématique du ramassage des déchets spatiaux. Ils sont tous de formes différentes et tournent très vite sur eux-mêmes, il faudra un dispositif rapide pour les attraper.»

Récemment, Airbus a d’ailleurs lancé un appel d’offres pour développer un système semblable à Mila.


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