22.05.2017, 00:01  

Quand l’industrie devient un service

Abonnés
chargement
1/2  

A Jiangsu, une sorte de colza en fleur surligne les routes grises du parc industriel de la baie de Jiangyin, à deux heures au nord de Shanghai.

Le ciel est bas, l’air, épais. L’indice de qualité de l’air qui s’affiche sur les cartes de smartphone mentionne «160». C’est à peu près deux fois la concentration en particules fines, ozone et dioxyde d’azote suffisante pour attribuer la pire note à la qualité...

A Jiangsu, une sorte de colza en fleur surligne les routes grises du parc industriel de la baie de Jiangyin, à deux heures au nord de Shanghai.

Le ciel est bas, l’air, épais. L’indice de qualité de l’air qui s’affiche sur les cartes de smartphone mentionne «160». C’est à peu près deux fois la concentration en particules fines, ozone et dioxyde d’azote suffisante pour attribuer la pire note à la qualité de l’air sur n’importe laquelle des échelles européennes existantes.

Dans cette brume odorante un bus lâche, en début de matinée, sa cargaison de business (wo) men neuchâtelois devant les ateliers du siège d’Envision Energy, une firme chinoise de construction d’éoliennes.

De la construction au service en ligne

A l’entrée de deux gigantesques halles, des panneaux indiquent le processus complexe qui préside à la production d’aérogénérateurs géants destinés aux crêtes chinoises comme aux embruns de la mer du Nord.

Par terre, des lignes jaunes définissent les zones de passage de la marchandise et, respectivement, des ouvriers. «Ils utilisent le 5S» reconnaît immédiatement quelqu’un. Ce système japonais de management consiste à organiser un atelier avec ordre et rigueur en retirant l’inutile et en attribuant une place désignée pour chaque chose. Il s’agit d’une des formalisations possibles du processus de production, préalable à une production de plus en plus automatisée, programmée et gérée avec l’aide de l’informatique.

Ce n’est pas ce qui va impressionner nos industriels. Après avoir écouté l’assourdissant air de fanfare annonçant la fin de la pause des ouvriers, le groupe de visiteurs est dirigé vers le bâtiment administratif: un édifice en verre, dessiné par une grande firme californienne, et qui figure sur son flanc ouest un courant d’air sur le profil d’une pale.

Direction la «tour de contrôle». Un local tapissé d’écrans. Courbes, flèches, tableaux, schémas, carte du monde et de la Chine. Deux ingénieurs y pilotent le parc éolien installé par l’entreprise sur quatre continents.

Envision a développé un écosystème complet pour la gestion des énergies renouvelables, EnOS «l’OS de l’énergie», un système d’exploitation qui est aux éoliennes ce que sont Windows ou Mac OS pour nos ordinateurs.

La plateforme informatique «gère la production d’énergie, récolte les données de vent, fait des prévisions, surveille le bon fonctionnement des installations, alerte des pannes éventuelles, planifie la maintenance», explique Junsheng Fan, chef d’équipe au Data center.

Utilisant les données de la Nasa et d’autres agences spatiales, de même que les données météorologiques et ses propres rapports fabriqués à partir des données produites par le parc éolien, l’entreprise a changé de métier: de fabricant d’hélice, il devient fournisseur de courant électrique renouvelable. Ses «turbines intelligentes» en font le premier producteur chinois d’équipements éoliens.

Il possède des centres de recherche en Europe et aux Etats-Unis.

Son OS se décline désormais pour d’autres sources d’énergies renouvelables, et chaque fois qu’il est installé quelque part, il étoffe les données climatiques, d’usage, d’usure de l’équipement, d’efficacité de la maintenance, qui servent à leur tour à capter de nouveaux clients avec de nouveaux services.

La nouvelle route de la soie selon xi jinping

Depuis 2013, le président chinois met en œuvre une stratégie dite de «nouvelle route de la soie» appelée aussi «one belt, one road», qui vise à mieux connecter la Chine à l’Ouest par de nouvelles infrastructures tant terrestres que maritimes, y compris en Europe, une offensive diplomatique, et une meilleure connectivité au monde, mais aussi à l’intérieur de la Chine. Le développement de l’internet des objets en Chine est notamment le fruit de ces investissements. Une stratégie dans laquelle la Suisse est appelée à jouer un rôle, tant par son accord de libre-échange que par son rôle croissant de «hub» européen pour le Renminbi, la monnaie chinoise. C’est en tout cas l’analyse qu’en fait Stephen Aris, dans la revue «CSS Analyses in Security Policy», éditée par l’ETH de Zurich.

 


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour la lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top