14.06.2017, 00:01  

Swiss cherche à contrer Easyjet

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Le nouveau Bombardier CS300 de Swiss lui permettra de réduire ses coûts de 20% par rapport à l’exploitation de sa flotte actuelle.
Par Christine Wuillemin

GUERRE DES PRIX - Avec son nouvel avion, la compagnie à croix blanche espère avoir les armes pour affronter, à Genève, le géant orange qui renouvelle aussi sa flotte.

Il est plus léger, plus silencieux, moins gourmand en kérosène et plus écologique que les oiseaux de fer qui composent la flotte actuelle de Swiss. La compagnie inaugure aujourd’hui l’arme avec laquelle elle espère contrer la concurrence des compagnies à bas prix: le CS300 de Bombardier. La mission du dernier né de l’avionneur canadien, livré avec deux ans de...

Il est plus léger, plus silencieux, moins gourmand en kérosène et plus écologique que les oiseaux de fer qui composent la flotte actuelle de Swiss. La compagnie inaugure aujourd’hui l’arme avec laquelle elle espère contrer la concurrence des compagnies à bas prix: le CS300 de Bombardier. La mission du dernier né de l’avionneur canadien, livré avec deux ans de retard, sera déterminante à l’aéroport de Genève. Le géant du «low cost» Easyjet s’y attribue près de 43,6% des parts de marché, contre 14,4% pour Swiss.

Une situation qui a failli amener Lufthansa, propriétaire de Swiss, à priver Cointrin de ses avions à croix blanche et à les remplacer par ceux d’Eurowings, filiale «low cost» du groupe. Une annonce qui avait provoqué un tollé en Suisse romande l’année dernière, avant que la compagnie allemande ne renonce à son projet. Mais la présence de Swiss sur le tarmac genevois est toujours incertaine. Et le nouvel appareil de Bombardier constitue peut-être sa dernière chance.

«Les compagnies aériennes, en particulier Lufthansa, ne sont pas des mécènes», avance Jean-Baptiste Héguy, expert en transport aérien. «Son mode de gestion, à l’allemande, est très efficace et si la nouvelle stratégie de Swiss ne rapporte pas assez, Lufthansa n’aura aucun état d’âme à la remplacer à Genève par Eurowings, qui connaît un développement remarquable», poursuit celui qui est aussi journaliste pour le magazine français «Air et Cosmos».

Swiss est donc condamnée à réussir si elle veut continuer à desservir la Suisse romande. Ce qui semble être la volonté opérationnelle et politique (héritée de l’époque de Swissair) de la compagnie, d’après Andrew Charlton, directeur général d’Aviation Advocacy, bureau de consulting spécialisé dans le transport aérien. «Swiss a fait le bon choix en choisissant notamment le CS300. C’est un très bon avion qui va permettre à la compagnie de réduire ses coûts au maximum afin de proposer des prix compétitifs», estime-t-il.

D’après Swiss, son nouvel appareil lui permettra de diminuer ses coûts de 20% par rapport à sa flotte actuelle, mais la compagnie ne donne pas de chiffres. Comment? En consommant 25% de kérosène en moins. De plus, son poids «plume» lui vaudra d’être moins polluant (20% de CO2 en moins) et de réduire sa taxe d’atterrissage, fixée en fonction du poids de l’engin.

La compagnie nationale a commandé au constructeur canadien 30 nouveaux avions, destinés à remplacer sa flotte d’Avro RJ100 Jumbolino. Il s’agit de vingt CS300 de 145 places (sept seront basés à Genève) et de dix CS100 de 125 places. Swiss, compagnie de lancement du CS100, en a déjà reçu huit exemplaires depuis juillet 2016. Aujourd’hui, en dévoilant son nouvel CS300, la compagnie devient aussi la première au monde à intégrer les deux types d’appareils CSeries dans ses effectifs. Un investissement à deux milliards de francs.

Pas du low cost

Mais est-ce que ces avions suffiront à faire redécoller Swiss à Genève? «C’est un bon début», avance Andrew Charlton. «Je ne pense pas que Swiss puisse reprendre d’énormes parts de marché à Easyjet, mais elle peut maintenir sa position actuelle», analyse Jean-Baptiste Héguy. Le Français précise que l’objectif de Swiss n’est pas de s’inscrire dans un segment low cost, «car il est très difficile d’y entrer lorsque l’on n’est pas une compagnie à bas coût dès le départ».

«Swiss joue plutôt la carte du haut de gamme avec un aménagement de cabines qui la rapproche, toutes proportions gardées, de ce que l’on peut trouver dans l’aviation d’affaires. Le tout en proposant les prix les plus bas possible et en gérant sa flotte efficacement», explique Jean-Baptiste Héguy. «Nous souhaitons apporter une alternative au low cost. Swiss est un peu plus chère mais garantit une expérience de qualité aux clients», confirme le service de presse de la compagnie helvétique.

Les Bombardiers CSeries font partie d’un plan global appelé «Geneva Reloaded», dont le but est de réaliser des chiffres noirs, selon Swiss. Cette stratégie comprend aussi «une révision du réseau, qui devrait nous donner une meilleure pénétration dans le marché, ainsi que des nouvelles offres commerciales qui permettront au passager d’enrichir son expérience», note le service de presse.

Easyjet sereine

De son côté Easyjet, qui reçoit aujourd’hui son nouvel Airbus A320Neo (lire ci-dessous), ne tremble pas devant cette nouvelle concurrence.

«Nous sommes sereins. C’est bien qu’il y ait de la concurrence dynamique, mais ça ne change rien à nos plans et à nos perspectives de développement», déclare Thomas Haagensen, directeur commercial d’Easyjet pour l’Europe du Nord. «Nous avons un leadership significatif à Genève comme à Bâle et allons toujours stimuler le potentiel de ces deux bases comme marché source, mais aussi comme destination pour les touristes étrangers.»

D’autres ont tenté le coup

Avant Swiss, d’autres compagnies aériennes classiques ont tenté, avec plus ou moins de succès, de s’inspirer des pratiques des géants Easyjet et Ryanair pour les affronter sur le terrain des prix bas.

«Transavia, filiale low cost de KLM, se débrouille bien en captant une clientèle connectée», expose Jean-Baptiste Héguy. «British Airways est parvenue à repositionner ses produits court-courriers en vol low cost», ajoute Andrew Charlton. «Mais il est encore un peu tôt pour dire si toutes ces stratégies sont payantes.»


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